À l’ère du numérique, la digitalisation est devenue un pilier essentiel de la croissance économique et sociale à l’échelle mondiale. Pour le Gabon, pays d’Afrique centrale riche en ressources naturelles mais historiquement dépendant du pétrole, cette transition représente une opportunité stratégique de diversification économique et de modernisation. Cet article explore l’état actuel de la digitalisation au Gabon, les initiatives gouvernementales, les défis persistants et les perspectives d’avenir.
Avec une population d’environ 2,3 millions d’habitants, le Gabon affiche un taux d’urbanisation élevé (près de 90 %), concentré principalement à Libreville et Port-Gentil. Cependant, malgré son statut de pays à revenu intermédiaire, les inégalités d’accès aux technologies numériques persistent entre zones urbaines et rurales.
Selon les données de l’Union Internationale des Télécommunications (UIT), en 2022, environ 60 % des Gabonais utilisaient internet, un taux supérieur à la moyenne africaine (40 %), mais encore loin derrière les pays leaders comme le Maroc ou l’Afrique du Sud. La couverture mobile atteint quant à elle 95 %, grâce aux opérateurs comme Airtel, Moov Africa et Gabon Télécom. Néanmoins, le haut débit reste coûteux et peu accessible en dehors des grandes villes.
Conscient des enjeux, le gouvernement gabonais a lancé plusieurs initiatives structurantes :
Intégré au PGE, le volet numérique vise à faire du Gabon un hub technologique régional. Parmi les objectifs : développer les infrastructures, promouvoir l’innovation et moderniser l’administration.
Créée en 2019, cette agence supervise le déploiement de la fibre optique, avec un projet de 1 200 km reliant les principales villes. Déjà, le câble sous-marin ACE (Africa Coast to Europe) connecte le Gabon à l’Europe et à l’Afrique de l’Ouest.
Le portail « E-Gabon » centralise des services administratifs en ligne (paiement d’impôts, demande de documents), réduisant la bureaucratie. En 2023, plus de 50 % des procédures publiques étaient dématérialisées.
Des partenariats avec des géants comme Huawei et Orange ont permis de former des jeunes aux métiers du numérique via des académies spécialisées. L’Université des Sciences et Technologies de Masuku (USTM) propose également des cursus en informatique et robotique.
Le secteur privé gabonais joue un rôle clé dans la dynamique numérique :
Malgré ces avancées, le Gabon doit relever plusieurs défis pour réussir sa transition numérique :
Les zones rurales souffrent d’un manque de réseaux fiables. Seulement 30 % des villages ont accès à internet, freinant l’éducation et l’entrepreneuriat local.
Le prix moyen d’un forfait internet (10 USD/mois pour 1 Go) reste prohibitif pour une majorité de Gabonais, dont 33 % vivent sous le seuil de pauvreté.
L’absence de législation robuste contre la cybercriminalité et la protection des données personnelles expose utilisateurs et entreprises.
Un déficit de formations adaptées aux besoins du marché (développement logiciel, IA) limite l’employabilité des jeunes, pourtant majoritaires dans la population.
La pandémie a révélé l’urgence de renforcer le numérique. Télétravail, cours en ligne et consultations médicales à distance se sont généralisés. Des plateformes comme « StopCovid Gabon » ont permis de suivre l’évolution de l’épidémie, tandis que des commerçants adoptaient le paiement mobile pour survivre aux confinements.
L’avenir numérique du Gabon repose sur plusieurs leviers :
Libreville pourrait intégrer des solutions intelligentes (éclairage LED, gestion des déchets connectée), soutenues par des investissements étrangers.
Avec un objectif de 80 % d’énergies renouvelables d’ici 2030, le Gabon pourrait coupler digitalisation et durabilité, via des réseaux électriques intelligents.
Déployer des plateformes comme « Telemed Gabon » pour desservir les régions isolées, ou des MOOCs pour former massivement aux compétences tech.
S’inscrire dans des initiatives panafricaines comme la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine (ZLECAF) pour stimuler les échanges numériques.